BATIR L’AFRIQUE AVEC LES RECETTES DE LA CHINE

Les fondamentaux de l’économie chinoise

 sont transposables en Afrique

 

Le débat a suscité beaucoup de controverses. Très souvent nos décideurs et certains économistes ont voulu à chaque fois mettre en avant l’argument des spécificités ou des traditions chinoises pour démontrer cette transformation économique du pays. Et à côté de cet argumentaire, nombre d’entre eux expliquent la nécessité pour l’Afrique de ne pas copier in extenso le modèle chinois. Mais lors de mon récent séjour en Chine, il m’a semblé que ce poids des traditions ne pèse pas si lourd que cela dans la magie de cette transformation économique chinoise. J’ai pu observer que le modèle chinois – sur certains fondamentaux – est parfaitement transposable dans nos pays africains. Il suffit d’une volonté concertée de nos dirigeants. Je vous explique pourquoi.

Commençons par le poids économique réel de la Chine dans le monde. La Chine fournit 33 % de la croissance mondiale. Dirigée par le parti communiste depuis 1949, la Chine s'est dirigée depuis la fin des années 1970 vers ce que le pouvoir appelle une « économie socialiste de marché ». Le secteur public continue à tenir une importante place dans la vie économique mais les entreprises privées y jouent un rôle croissant et le pays s'est fortement intégré dans le système économique mondial. Depuis 2001, la Chine est membre de l'Organisation mondiale du commerce.

Si l'agriculture occupe toujours une grande partie de la population active (soit, en 2010, 39,5 % de la main-d'œuvre chinoise), elle ne contribuait qu'à 9,6 % du PIB en 2010. L'industrie en revanche prend une place prépondérante : elle emploie environ 27 % de la population active et est le secteur le plus prolifique en Chine avec une production de presque la moitié de la richesse nationale, soit près de 47 % du PIB. Le fort excédent commercial provoqué par les exportations industrielles a permis au pays de se constituer des réserves de change qui atteignaient officiellement environ 2450 milliards de dollars en juin 2010. Ces réserves donnent au pays une puissance financière considérable.

Du coup, on constate que la Chine a su profiter de sa main d’œuvre abondante et bon marché pour développer son secteur agricole (40% de la population) afin de résoudre le problème de l’insuffisance alimentaire et de la cherté de la vie. Ensuite, on remarque que le pays s’est lancé dans la construction des industries (27% de la population) pour une production en masse à bas prix. Ce qui a permis de booster ses exportations. Tenez ! Depuis les années 1980, la Chine est ainsi devenue progressivement un acteur majeur d'abord dans les industries de main-d’œuvre, industries textiles et objets manufacturés de basse qualité, conservant des prix très bas grâce à une main-d’œuvre nombreuse et bon marché ainsi qu'à un taux de change très compétitif, lui valant le surnom d’« atelier du monde ». L'ouverture économique chinoise repose sur des Zones économiques spéciales (ZES), zones de territoires offrant des conditions très avantageuses pour les firmes multinationales, mais les obligeant à laisser leurs technologies en cas de délocalisation des usines. Ces zones occupent maintenant presque tout le littoral chinois.

Pour résumer, la Chine a ouvert son économie à l’extérieur avec la création des industries et plus précisément avec la mise en place des zones économiques dont le principal avantage était l’obligation d’un transfert de technologie. Cela semblait au départ très amusant pour les grandes économies occidentales. La Chine s’est montrée accueillante pour les investisseurs du monde en leur offrant une main d’œuvre bon marché ainsi que des avantages fiscaux considérables. Et au fil des années, pendant que des grandes entreprises délocalisaient vers la Chine et amassaient des fortunes, en retour et sans le réaliser, elles laissaient à la Chine ce qu’elles avaient de plus cher, leurs technologies.

Au regard de cette analyse, on constate que les traditions chinoises n’ont pas été de manière systématique la clé de leur développement, il s’est agit avant tout d’un état d’esprit développé et inculqué aux populations par les dirigeants. Il a été d’abord question de la maîtrise ses métiers de base et ensuite des métiers nouveaux avec la création des zones économiques. La Chine a mis en avant des secteurs clés de l’économie notamment, l’Education, l’encadrement et l’assistance tout en donnant une deuxième chance et même troisième chance aux populations.

Cette approche économique place l’Homme au cœur du dispositif de développement et s’appuie sur les prédispositions naturelles, morphologiques, caractérielles, physiques, mentales du peuple. De plus, sur le plan organisationnel, une machine intransigeante, sévère et rigoureuse a été mise en place dans les premières années de la stratégie. Pour cela, il a fallu le sacrifice d’une ou de deux générations pour garantir la qualité des hommes et des femmes de demain. Les grands axes stratégiques ont été les suivants :

 

(1)   La formation qualifiante et non forcément diplômante, c’est un aspect négligé dans nos états en Afrique noire ;

(2)   Le renforcement de la maitrise des langues étrangères et principalement l’anglais, en plus du développement des langues locales pour garder leur identité ;

(3)   La meilleure orientation du contrôle et de la dépense publique pour optimiser l’efficacité et les résultats ;

(4)   La création de grands centres de formation et de perfectionnement des métiers de base technique, agricole et technologique ;

 

Enfin, du fait de leur grand nombre et des mœurs et traditions trop proches de l’instinct animal, le contrôle des naissances a été instauré, réduisant ainsi les charges du panier de la ménagère et réduisant les disparités sociales. Cette démarche mérite fortement une analyse systémique par nos dirigeants. Il y a avant tout le côté stratégie de développement qui – sur les fondamentaux – sont transposables à nos pays africains. A condition que nos dirigeants réussissent à se donner la main, les peuples suivront l’exemple. Ensuite les économistes pourront réaliser des études pour ainsi déceler les mécanismes d’appropriation et d’adaptation à nos environnements culturels, économique, technologique et politique.